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Régis Lebel est un homme rare car il possède un don,
celui de reproduire à partir d'une feuille de métal,
aussi bien les animaux domestiques qui lui sont familiers que ceux
plus exotiques, qu'il découvre au hasard des livres. Cette
aptitude à capter le vivant pour le reproduire est innée
: pas de maître, pas d'études, pas d'univers favorisant
la création. Né dans un milieu rural modeste, il doit
dès l'âge de quinze ans travailler en usine. Propulsé
à l'atelier en tant que mécanicien, c'est le début
d'une longue complicité avec le métal. Il s'initie à
la soudure et roule sa bosse dans les ateliers de matériel
agricole.
La chaudronnerie viendra couronner cet apprentissage. Lebel développe
alors, en dehors de ses heures de travail, une attirance pour la ferronnerie
d'art puis pour la sculpture qui va devenir une véritable passion.
Durant plus de vingt cinq années, discrètement, avec
humilité, il va faire et défaire des sculptures qu'il
ne montre qu'à ses amis. La passion du fer est un art difficile
et si l'investissement matériel est modeste, il nécessite
à travers le travail de la forge un engagement physique et
une patience à toute épreuve.
Alors naît un bestiaire de métal aux reflets bleutés
: dindons, coqs, poules, canards, tous ces oiseaux de la ferme qu'il
a si souvent observés mais aussi lapins, chèvres, cochons
... Aucune erreur de proportions, aucune faute dans l'attitude, l'artiste
saisit les animaux dans un moment de vie et leur rend ainsi leur noblesse
et leur beauté. Né du fer et du feu, accouché
dans des gerbes d'étincelles, martelé, ciselé,
soudé, poncé et buriné, voilà le travail
de Lebel qui a conquis son titre de "sculpteur animalier",
le plus beau à ses yeux, celui qui justifie toutes les années
de galère, d'anonymat et de doutes.
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